Historique : l’œuvre du Rav Chalom Mendel Kalmenson, émissaire du Rabbi de Loubavitch
Aubervilliers 1960.
D’un pas décidé, un homme à l’allure singulière marche dans les rues ouvrières. Il n’est pas né ici, mais bien loin à l’Est, aux confins de la Biélorussie et des pays baltes. Et si son français est encore hésitant, lui est déterminé. Jeune homme, il étudiait la Torah dans des caves avec ses camarades, pour échapper à la surveillance du KGB. Ils risquaient leur vie, les maîtres comme les élèves. Certains furent arrêtés et condamnés à des dizaines d’années de bagne en Sibérie. D’autres ne sont pas revenus.
Après la Deuxième Guerre Mondiale, profitant de quelques années d’ouverture du rideau de fer, ces ‘Hassidim quittèrent la Russie. Première destination : les camps de transit en Pologne, Allemagne et Tchécoslovaquie. A Prague, âgé alors de dix-huit ans, cet homme, déjà déterminé, fonda et dirigea pendant un an une école pour accueillir les enfants des familles déplacées. Puis, en 1946, c’est l’arrivée à Paris, point de chute central des réfugiés, et pour la plupart d’entre eux, le point de départ vers Israël, les États-Unis, l’Australie.
Mais le Rav Chalom Mendel Kalmenson et son épouse Batya, avec quelques familles de ‘Hassidim, restent en région parisienne et, au terme de onze ans d’une errance qui les a menés d’hôtels meublés en logements précaires, ils s’installent à Aubervilliers en 1960.
Deux ans plus tard, l’année 1962 voit l’indépendance de l’Algérie et le rapatriement d’un grand nombre de Français en Métropole, parmi lesquels des milliers de familles juives. À Aubervilliers, banlieue populaire du nord de Paris, la petite communauté de quinze familles juives d’Europe de l’Est fait face à un afflux de coreligionnaires qui submerge rapidement sa petite structure.
En 1963, inspiré, encouragé et dirigé par le Rabbi de Loubavitch qui se trouve à New York, Rav Chalom Mendel entreprend ce qu’il convient d’appeler, en ces années-là, une tâche visionnaire : réunir ces deux cultures, ces deux sensibilités, ces deux esprits juifs au sein d’une même communauté. Un nom s’impose : « Kéhilat Chné-Or » qui signifie « Communauté des Deux Lumières », en référence à la richesse des héritages culturels respectifs des Juifs Séfarades et Achkénazes, tant il est vrai que l’union du peuple juif repose sur la capacité à capter la lumière intérieure de l’autre, et l’aider à la révéler.
Des enfants naissent. Ce bonheur s’accompagne cependant d’une question : que faire de ces jeunes âmes juives dans l’Aubervilliers des années 60 ? Où les scolariser ? Pour le Rabbi, la réponse est évidente : fondez une école !
Rav Chalom Mendel, qui gagne sa vie comme Cho’het (abatteur rituel) et Mohel (circonciseur), se lance dans l’aventure, secondé par son épouse. En 1965, l’Association fait l’acquisition des locaux du 150, rue de la Goutte d’Or (aujourd’hui rue André Karman), constitués d’anciennes écuries et du pavillon mitoyen. L’école maternelle Chné-Or ouvre ses portes avec une quinzaine d’enfants.
Rav Chalom Mendel arpente dorénavant les rues pavées d’Aubervilliers, bordées d’usines et d’ateliers, et visite une maison juive, puis une autre, et encore une autre, avec l’objectif d’inscrire le plus grand nombre d’enfants juifs dans sa petite école.
Son épouse, la Rabbanit, cuisine, encadre, supervise, dispensant généreusement sourires et encouragements aux élèves et… passe son permis de conduire, catégorie poids lourds, pour assurer le transport scolaire ! Un maître est engagé, il s’agit d’un jeune ‘Hassid, plein de dynamisme, répondant au nom de Chmouel Azimov, mais que tous surnomment affectueusement « Moulé ». Quelques années plus tard, il quittera l’école pour lancer le mouvement de la Jeunesse Loubavitch à Paris, avec le succès que l’on connaît.
Aujourd’hui, les enfants du Rav et de la Rabbanit Kalmenson, qui comptaient parmi les premiers élèves de l’école, sont devenus à leur tour des animateurs de l’école Chné-Or, entourée d’une chaleureuse équipe d’une centaine de collaborateurs dévoués et passionnés : la petit école de jadis est devenue une structure accueillant près de 700 élèves de la Maternelle à la Terminale.
Le Rav Kalmenson a reçu en 2005 le « Prix du Bâtisseur de Communautés » pour l’ensemble de son œuvre au service de la communauté juive d’Aubervilliers et de ses environs.